Le Clos du Lecteur

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[Coup de coeur]: Frère d’âme de David Diop

Frere-d-ame

Ce magnifique roman est un monologue, le monologue halluciné, incantatoire d’un tirailleur sénégalais qui voit mourir  « son ami d’enfance, son plus que frère » dans d’atroces souffrances pendant la Grande Guerre. Beaucoup d’ouvrages ont été publiés sur cette terrible période, mais tous paraissent bien ternes à côté de celui- ci, qui au travers de la folie de son personnage, par des phrases et des mots simples, dénonce l’atrocité et surtout les paradoxes de la guerre «Par la vérité de Dieu, toute chose porte en elle son contraire ». En effet, si Alfa se livre à des actes odieux pour venger son ami; au milieu de ses délires, il a un aussi un regard terriblement lucide sur la déshumanisation imposée aux Poilus…

« … Je sais, j’ai compris, je n’aurais pas dû…. », Ainsi commence le roman par l’évocation de la honte du survivant : « ils ne s’imagineront pas, ce que j’ai fait, jusqu’où la guerre m’a conduit »; mais surtout la honte de n’avoir pas abrégé les souffrances de son ami, qui le lui demandait instamment. «Mais j’ai refusé. Ah ! J’ai refusé. Pardon, Mademba Diop, pardon mon ami…. ». Mais un être humain, digne de ce nom, peut il envisager de tuer son ami ? « Je lui ai offert de mauvaises pensées, des pensées commandées par le devoir, des pensées recommandées par les lois humaines, et je n’ai pas été humain ». Et pourtant il est totalement humain quand il décide de venger son ami. Mais de là à mutiler ses victimes?  Qu’est-ce qu’un héros de guerre ? « Jusqu’à la troisième main, j’étais un héros de guerre, dès la quatrième je suis devenu un fou dangereux, un sauvage sanguinaire » Où est la limite entre le courage exigé de ces hommes pour sortir de la tranchée et la folie qui « permet d’éviter la vérité des balles »« La folie temporaire est la sœur du courage à la guerre ». Oui, mais à condition que cette folie soit passagère….

Dans son délire, Alfa nous offre également des descriptions percutantes des conditions de vie des poilus et des champs de bataille « Un champ ensemencé de millions de petits grains de guerre métalliques qui ne donnent rien ». Mais aussi des mourants (Je vous laisse les découvrir) et des rescapés « tous mes frères d’armes qui sont repartis défigurés, estropiés éventrés, tels que Dieu aura honte de les voir arriver dans son Paradis »

Quand il est envoyé à l’Arrière pour cause de folie, le rythme de son discours s’apaise. Il revit son passé en Afrique, son enfance, ses premiers émois amoureux… Une vie ordinaire… Un contraste dans l’écriture et dans les images qui rend encore plus fort l’horreur de la guerre dénoncée dans la première partie du roman.

Leurs-enfants-apres-euxCe roman a été primé par les lycéens et j’en suis ravie. Cependant, j’aurais aimé qu’il obtienne le prix Goncourt d’autant que la lecture de « Leurs enfants après eux » de Nicolas Mathieu ne m’a pas du tout enthousiasmée….

A vous de juger…..

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Cette entrée a été publiée le 7 décembre 2018 par dans Nos coups de coeur.