Le Clos du Lecteur

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Le malheur du bas de Ines Bayard

Un livre qui m’a tenu en haleine, que j’ai lu d’une traite…. Pourtant pas de suspens, dès les premières phrases, nous sommes plongés dans l’horreur : Dans un décor paisible, Marie a partagé avec sa petite famille un succulent repas empoisonné par ses soins. Elle et son bébé sont morts, alors que son mari agonise. Très vite on apprend la raison de ce geste : Marie a été violée …. Et le roman nous entraîne dans le lent naufrage de Marie. Une telle construction du récit rappelle celle de « Chanson douce » de  Leïla Slimani qui avait emporté le prix Goncourt en septembre 2016 .

Le thème du viol avait été abordé par Mathieu Menegaux dans « Je me suis tue ». Là encore, Marie choisit de taire le viol par peur «  de tout détruire, de perdre son mari et ses amis, qu’on la juge, qu’on la soupçonne de mentir, d’exagérer». Là encore, elle donne naissance à un petit garçon neuf mois après le viol et sombre progressivement dans la folie.

Mais le style de l’auteur confère à ce roman une très grande force. D’abord parce que ce n’est pas Marie qui raconte, mais un narrateur,et par ce biais, on ressent qu’elle a perdu son identité, qu’elle ne dirige plus sa vie… Seul, son crime lui permet de devenir « enfin la femme de la situation. Une de celle qui parviennent à maitriser leur propre histoire ». De plus, quand l’auteur décrit le viol, elle utilise des phrases courtes, des mots crus, qui nous font ressentir la violence de l’acte. Ce même procédé est utilisé pour décrire l’accouchement….Alors, on ne peut que souffrir avec Marie….

Autre point fort du roman, le contraste entre des scènes violentes dérangeantes, dont l’auteur ne nous épargne aucun détail, et le cadre « parfait » où évolue la jeune femme. Marie est violée, non par un affreux vagabond, mais par son supérieur hiérarchique dans une Mercedes où « l’odeur du cuir se mélange aux puissants effluves du parfum… ». Marie est entourée par son mari qui lui voue « un amour sincère et profond », une famille aimante, des amis,… et pourtant à l’insu de tous elle sombre dans la folie …..

La tension va crescendo tout au long du roman et on assiste impuissant au lent naufrage de Marie. Elle voudrait mourir pour oublier, mais n’en a pas la force. « Le suicide nécessite un seul moment de réel courage. Elle n’est pas capable de le faire ». Quant à son fils, au début, elle le néglige, puis une nuit elle essaie de le défenestrer, un autre jour elle tente de l’étrangler… Peu à peu, l’amour qu’elle ressentait pour son mari se transforme en haine. « Marie hait son mari de ne rien comprendre, alors qu’elle-même se démène pour camoufler le drame de leur vie». Certes, il se rend compte qu’ « il y a un problème. Quelque chose qui lui échappe encore et qu’il refuse de voir ou d’admettre ». Mais « il pense qu’il n’y a que le sexe pour avoir la preuve d’un bonheur sincère » et au lieu de réconforter Marie, il accélère sa chute. Elle ne supporte plus que son mari la touche..;

Un premier roman très réussi, reçu grâce aux Matchs de la Rentrée Littéraire Rakuten (#MRL18), en lice pour plusieurs prix littéraires, que je vous conseille vivement.

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Cette entrée a été publiée le 2 octobre 2018 par dans Nos coups de coeur, et est taguée , , , , .